[Extraits] Paul Watson

Les aborigènes placent la Terre et les autres espèces avant eux-mêmes.
N’est-ce pas là un des principes de l’écologie profonde ? Te reconnais-tu dans cette philosophie ?

L’écologie profonde place la vie au centre de toutes choses – pas la seule vie humaine, la vie dans son ensemble. Donc oui, je me considère comme appartenant à cette mouvance parce que je soutiens que la biosphère est plus importante que les gens. Ce que je veux dire, c’est que protéger la nature, c’est protéger l’humanité. Ce n’est pas un parti pris anti-humain, c’est juste une approche réaliste du monde dans lequel nous vivons, et on ferait bien de devenir rapidement tous un peu plus réalistes parce que le temps presse.

(…) Un journaliste m’a alors mis un micro sous le nez : « Greenpeace vous qualifie d’éco-terroriste, qu’avez-vous à répondre ? » J’ai répliqué : « Que peut-on attendre d’autre des dames Tupperware du mouvement écologiste ? » Ils ne m’ont jamais pardonné cette phrase. Mais ils m’avaient traité d’éco-terroriste, je ne faisais que réagir.
(…) Au moins pour ce qui est des dauphins, des baleines et des océans, Greenpeace est une organisation parasite. Des millions d’euros sont littéralement détournés de la cause pour perpétuer la machine bureaucratique. C’est devenu la machine verte à faire de l’argent.

J’estime pour ma part que les bûcherons sont des radicaux, les pêcheurs sont des radicaux, les gens qui tentent de protéger la planète sont des conservateurs. Nous conservons, c’est là la racine même du mot. On peut difficilement trouver plus conservateur que les conservationnistes. Je pense qu’il est important que nous maintenions notre identité radicale malgré le fait que nous soyons une organisation de conservation. Nous nous battons pour maintenir le statu quo naturel. Mais tenter de conserver ce statu quo est un concept radical dans une société anti-nature. Nous serons perçus comme des extrémistes jusqu’au jour où la défense passionnée de la nature cessera d’être considérée comme une idée radicale.

« Notre mission consiste à naviguer en eaux troubles pour défendre ceux qui sont sans défense contre ceux qui sont sans scrupules ».

Nous violons la troisième loi de l’écologie : « Il y a une limite à la croissance parce qu’il y a une limite à la capacité de charge de la planète. » Nous volons littéralement la capacité de charge des autres espèces et cela contribue à violer la première loi de l’écologie : « La force d’un écosystème dépend de la diversité des espèces qui le composent. » Or, l’appauvrissement de la biodiversité a un impact sur tout le reste, c’est la deuxième loi de l’écologie, celle de l’interdépendance.
En d’autres termes, l’accroissement de la population humaine contribue à la diminution de la capacité de charge et affecte nos liens avec les autres espèces.
Cela amenuise d’autant plus nos chances de survie et rend notre avenir sur Terre improbable. La population humaine doit se stabiliser et si nous ne le faisons pas de manière volontaire, la nature s’en chargera pour nous. Nos effectifs seront alors réduits d’une manière très douloureuse et sur laquelle nous n’aurons pas de contrôle.

Les hommes sont des primates imberbes qui se considèrent comme une légende divine. Nous vivons dans un monde dirigé par des philosophies anthropocentriques qui tendent à faire croire à tous que les humains sont au centre de tout. C’est comme si nous en étions toujours à ce moment où Galilée et Copernic ont déclaré que la Terre n’était pas au centre de l’Univers. Nous restons dans l’idée que nous sommes le centre de l’écosystème dans lequel nous vivons, alors qu’en fait nous en faisons simplement partie et quand on y regarde de plus près, nous n’en sommes même pas les entités les plus importantes. Ce sont les insectes et les bactéries qui contrôlent le monde, pas les mammifères.
(…)
Pour en revenir à la religion, aux chrétiens qui te disent qu’« il faut être reconnaissant envers Jésus car il est mort pour toi », tu réponds : « Très bien, Jésus est mort pour moi mais des millions de personnes sont mortes pour lui donc disons qu’on est quittes. »
(…)
Il n’y a aucune référence au paradis ni à l’enfer dans la Bible. Ni l’un ni l’autre n’existe. L’enfer et le paradis ont été inventés par deux poètes, Dante et Milton, il y a plusieurs siècles, et aujourd’hui, nous y croyons.

Quand on a du sexe ou du scandale, de la violence ou des célébrités, on contrôle la communication car les médias sont conditionnés de telle manière qu’ils ne peuvent pas ignorer votre histoire : c’est ce qui fait vendre les journaux, ce qui fait monter l’audimat. Les gens oublient que les médias sont un business. Il ne s’agit plus d’informer mais de divertir, donc votre histoire doit être divertissante.

Le biocentrisme, cette idée que les hommes ne sont ni au centre de la Création ni supérieurs à la nature, est un concept révolutionnaire et une très grande menace à l’esprit anthropocentrique autour duquel s’articulent nos sociétés.
L’ establishment redoute les tactiques des terroristes religieux, mais il sait les appréhender parce qu’elles reposent sur des valeurs anthropocentriques.
Les droits des animaux et de la planète sont déstabilisants, en ce sens qu’ils mettent à mal les valeurs anthropocentriques. Cela en fait dès lors la plus grosse des menaces, bien que ces mouvements soient pour l’essentiel non-violents. L’écologie profonde et le biocentrisme minent sérieusement tout ce sur quoi repose le système économique de nos sociétés, précisément parce qu’ils ramènent la vie au centre de toutes choses – vie humaine incluse – alors que nos sociétés valorisent la propriété privée bien plus que la vie.