Extraits du livre de Kersauson « Le monde comme il me parle »

[Sur l’argent]

On peut faire de l’argent, pas du temps. Aujourd’hui, l’argent, c’est la porte de toutes les libertés. Dans le monde contemporain tel qu’il est, quand on n’a pas d’argent, on n’a pas de liberté. Sans argent, on est sujet, en permanence, à une forme de « maltraitance ». La preuve, c’est que les riches sont mal habillés. Il n’y a que les pauvres qui s’habillent bien – parce qu’ils croient que ça fait riche !
L’argent, ça permet d’écarter celui qui nous parle mal. L’argent ne sert qu’à éviter les mauvaises fréquentations.

Posséder n’a aucun intérêt. C’est jouir qui compte.
L’argent permet de décider en fonction de son humeur – sans tenir compte de celle des autres, ce qui pour moi est capital.
L’argent est un outil. On ne peut pas brandir un outil. Il sert à faire quelque chose, pas à être quelqu’un.

[Sur le temps]

Quelqu’un qui vous fait attendre est un voleur de temps, un voleur de vie. Quand j’ai rendez-vous et que les gens ne sont pas là, au-delà de dix minutes, je décroche. Je n’attends pas. Je n’ai jamais attendu. Personne ne va me voler ma vie. Moi, je ne fais pas attendre les autres.

[Faire VS Dire]

En revanche, il est prudent de ne pas traduire clairement son désir à l’autre car celui-ci n’en est jamais complice : il y est opposé, hostile, il est jaloux et, au mieux, indifférent. Par conséquent, notre désir doit rester clandestin. Aucun mec sérieux ne révèle ses désirs. Le projet est toujours lié au secret. Le projet bavard est déjà mort – parce qu’il est soit copié, soit contrecarré. C’est ainsi que ça se passe.

Il ne faut jamais baisser la garde, le monde n’est pas un jardin d’enfants. Je ne dors toujours que d’un œil et j’ai le couteau à portée de la main. Se déclarer fait de l’autre un ennemi.

Plus je crée le silence et moins je crée d’ennemis.

Le plaisir, de toute façon, c’est de faire, pas de dire. Ceux qui prennent le plaisir de dire ont rarement celui de faire – d’après ce que j’ai compris. Celui qui dit va sur une route différente de celui qui fait.

[Sur la société]

La caractéristique de notre société aujourd’hui, c’est d’accorder de l’importance à des choses qui n’en ont pas, de porter du sens à des choses qui n’en ont pas. Nous sommes, depuis un certain nombre d’années, en train de construire de l’inutile à tous crins. C’est leur histoire. Pas la mienne.

Ce n’est pas parce qu’on est dans le même bus virtuel qui nous conduit vers la fin d’une aventure que nous sommes obligés de regarder leurs visages et de nous intéresser à ce qu’ils sont.

[Comprendre VS Etre au courant]

La plupart des gens ne veulent pas comprendre, ils veulent être au courant. C’est une insulte à l’intelligence. Ils se répandent à longueur de blogs… C’est pauvre et vain, indigent et indécent.
Durant la guerre, il y avait ceux qui collaboraient avec l’ennemi. Aujourd’hui, il y a un ennemi de l’intérieur : c’est la médiocrité. Avec celui-là, tout le monde collabore.

[Habitudes et routines]

On ne doit rien faire par habitude. Toute action doit être soumise à une réflexion.

En d’autres termes, le plaisir s’organise. La routine est à proscrire. Il faut comprendre ce qu’on vit et ce qu’on est. On doit être apte à choisir dans le panel des possibles. Il s’agit de piloter sa vie. C’est ce que je fais constamment. Comme en mer. Il y a une réalité en face de nous et, en fonction de cette réalité, nos choix nous conduisent à une tactique.