[Lecture] Citations de « Peter Wohlleben – La Vie secrète des arbres »

Les pucerons doivent absorber de grandes quantités de liquide, car il contient très peu de protéines, un nutriment indispensable à la croissance et à la reproduction. Les pucerons filtrent le liquide pour en extraire les protéines qui leur font défaut et excrètent, intacts, les glucides, notamment le sucre, dont ils n’ont pas besoin. C’est ainsi qu’il se met à tomber une pluie collante sous les arbres colonisés.

Nos abeilles mellifères sont elles aussi friandes des déjections de pucerons. Elles aspirent les gouttes sucrées, les transportent jusqu’à l’essaim, les régurgitent et les transforment en un miel de forêt de couleur sombre, presque noir à l’état liquide. Il est particulièrement apprécié des consommateurs, bien que très différent du miel de fleurs.

Le cambium est la fine couche génératrice de couleur pâle située entre l’écorce et le bois. C’est le siège de l’accroissement de l’arbre, là où les cellules se divisent et produisent vers l’intérieur des cellules de bois et vers l’extérieur des cellules d’écorce. Le cambium est juteux, et bourré de sucre et de sels minéraux. Faites l’expérience, goûtez-en. Le cambium est comestible, au besoin cela peut être pour nous aussi une nourriture de substitution. Si vous croisez sur votre chemin, au printemps, un épicéa fraîchement abattu par le vent, retirez l’écorce avec un canif, puis en tenant la lame à plat, découpez de longues bandes d’un centimètre de large. Le cambium a un goût légèrement résiné de carotte et est très nourrissant.

Le jaune, l’orange et le rouge qui apparaissent après le retrait de la chlorophylle sont des caroténoïdes et des anthocyanes qui seront eux aussi décomposés. Le chêne est une espèce si prudente qu’il remballe tout et ne lâche pas ses feuilles avant qu’elles ne soient uniformément brunes. Chez les hêtres, toutes les nuances du brun au jaune sont représentées tandis que les merisiers misent sur le seul rouge.

Le tissu des nouvelles pousses n’a pas eu le temps d’aoûter, c’est-à-dire de se lignifier pour résister au froid.

Si leur sens du temps permet aux arbres de réguler la pousse de leur feuillage, cette faculté leur est au moins aussi précieuse pour assurer leur descendance. Les graines qui tombent au sol en automne ne doivent pas germer aussitôt sous peine de courir deux dangers. Le premier est le risque de gel auquel seraient exposées les jeunes plantules qui n’auraient pas eu le temps d’aoûter avant l’arrivée du froid. Le second, celui de faire les délices des chevreuils et des cerfs qui peinent à trouver de quoi s’alimenter durant la saison froide.